Succession

Transmettre son patrimoine en Suisse : les règles que beaucoup ignorent

25 July 2026 · By Anton Sussland
Transmettre son patrimoine en Suisse : les règles que beaucoup ignorent

La Suisse a réformé son droit successoral en 2023. Voici les règles essentielles pour transmettre votre patrimoine dans les meilleures conditions fiscales.

La transmission du patrimoine en Suisse obéit à des règles précises, récemment réformées, que beaucoup de résidents ne connaissent pas suffisamment. Une planification successorale adaptée permet d'éviter des conflits familiaux, de réduire la charge fiscale et d'assurer que vos biens reviennent effectivement aux personnes que vous souhaitez avantager.

La réforme du droit successoral suisse de 2023

Une réforme majeure du Code civil suisse est entrée en vigueur le 1er janvier 2023. Elle a réduit les réserves héréditaires — les parts de succession dont certains héritiers ne peuvent être privés — pour donner aux testateurs davantage de liberté dans la distribution de leur patrimoine. Avant la réforme, les descendants bénéficiaient d'une réserve représentant les trois quarts de leur part légale. Depuis 2023, cette réserve a été réduite à la moitié de leur part légale. Les parents du défunt ne bénéficient plus d'aucune réserve héréditaire. Le conjoint survivant conserve sa réserve de la moitié. Cette réforme augmente significativement la quotité disponible, ouvrant de nouvelles possibilités pour favoriser un partenaire de vie, des enfants d'une union précédente ou des tiers.

Les instruments de planification successorale en Suisse

Plusieurs outils juridiques permettent d'organiser la transmission de son patrimoine en Suisse. Le testament olographe est rédigé entièrement à la main, daté et signé par le testateur — simple à établir mais plus facile à contester. Le testament public est reçu par un notaire en présence de deux témoins et offre une sécurité juridique plus grande. Le pacte successoral est un contrat passé entre le futur défunt et ses héritiers, permettant à ces derniers de renoncer à tout ou partie de leurs droits en contrepartie d'une prestation immédiate — il est irrévocable sauf accord de toutes les parties.

La fiscalité successorale à Genève

En Suisse, il n'existe pas d'impôt sur les successions au niveau fédéral. Chaque canton applique ses propres règles. À Genève, les successions et les donations sont soumises à un impôt cantonal dont le taux varie selon le lien de parenté et le montant transmis. Les transmissions entre époux et partenaires enregistrés sont exonérées. Les transmissions en ligne directe — de parents à enfants — sont également exonérées à Genève. En revanche, les transmissions à des tiers — neveux, nièces, amis, partenaires non mariés — peuvent être taxées à des taux significatifs, pouvant atteindre 54,6 % pour les montants élevés transmis à des personnes sans lien de parenté.

Les donations du vivant : un outil à manier avec précaution

Les donations du vivant permettent d'anticiper la transmission du patrimoine et de réduire la masse successorale future. À Genève, les donations sont soumises au même régime fiscal que les successions. Attention : les donations effectuées dans les cinq ans précédant le décès sont en principe réintégrées dans la masse successorale pour le calcul des réserves héréditaires. Une donation mal planifiée peut générer des conflits entre héritiers et des conséquences fiscales inattendues. Il est indispensable de consulter un conseiller spécialisé avant de procéder à des donations significatives.

Que se passe-t-il en l'absence de testament ?

En l'absence de testament ou de pacte successoral, la succession est réglée selon les règles légales du Code civil suisse. Les héritiers légaux sont d'abord les descendants — enfants, petits-enfants — puis les parents et leurs descendants, puis les grands-parents et leurs descendants. Le conjoint survivant hérite concurremment avec les autres héritiers légaux selon des quotités précisément définies par la loi. En l'absence d'héritiers légaux, le patrimoine revient au canton de domicile.

Transmettre son patrimoine en Suisse nécessite une anticipation sérieuse. Les règles fiscales et civiles sont précises et les erreurs coûteuses. Un accompagnement par un spécialiste en planification successorale permet d'élaborer une stratégie sur mesure, respectueuse de vos souhaits et optimisée sur le plan fiscal.