Kevin Warsh et la Fed
S'il est confirmé à la présidence de la Fed, Kevin Warsh militera pour une inflation plus basse, un bilan réduit et un mandat plus étroit — des évolutions que nous jugeons très positives pour le dollar, les bons du Trésor et les marchés actions.
Si Kevin Warsh est confirmé par le Sénat américain à la présidence de la Réserve fédérale — ce qui paraît hautement probable — il se concentrera sur plusieurs priorités abordées ci-dessous. Avant d'y venir, nous souhaitons toutefois traiter la question de l'indépendance de la Fed.
Certains investisseurs continuent de s'inquiéter de l'indépendance de la Fed vis-à-vis de l'exécutif. À notre avis, la Fed restera indépendante. Bien que l'administration Trump ait nommé quatre des sept membres du Conseil des gouverneurs (Warsh compris), ce n'est pas le Conseil des gouverneurs qui fixe les taux d'intérêt — c'est le rôle du Federal Open Market Committee (FOMC). Le FOMC compte douze membres votants : les sept membres du Conseil, le président de la Federal Reserve Bank de New York et quatre membres tournants issus des onze autres présidents régionaux de la Fed. Les personnes nommées par Trump ne représenteront donc qu'un tiers des membres votants du FOMC.
Nous considérons que la Fed demeure une banque centrale indépendante — contrairement, par exemple, à la Banque de Chine, dont les politiques sont de fait dictées par le gouvernement.
1. Kevin Warsh et l'inflation
Kevin Warsh a exprimé son souhait d'obtenir à la fois des taux d'intérêt à court terme plus bas et une inflation plus faible — des objectifs qui ne sont pas toujours compatibles et qui représenteront un défi de taille. La mesure d'inflation privilégiée par la Fed, le core PCE (Personal Consumption Expenditures), s'établit actuellement à 3,1 %, nettement au-dessus de la fourchette cible officielle de 1,0 à 2,0 %.
Selon les économistes, les droits de douane américains ont ajouté environ 0,4 à 0,5 % à l'inflation, et le dollar plus faible y a contribué pour 0,2 à 0,5 % supplémentaires. Pour Warsh, l'arrêt de la SCOTUS sur les droits de douane et un renforcement potentiel du dollar pourraient l'aider à atteindre son double objectif. Une monnaie plus forte réduit généralement l'inflation et favorise des taux plus bas (comme on le voit en Suisse), tandis qu'une monnaie plus faible tend à alimenter l'inflation et des taux plus élevés (comme en Turquie).
Nous estimons également que Warsh a raison de critiquer le fait que la Fed s'est trop appuyée sur les données historiques pour ses décisions de politique monétaire, plutôt que de se concentrer suffisamment sur des indicateurs prospectifs. Les marchés financiers se focalisent toujours sur l'information prospective. Les investisseurs accueilleraient donc probablement favorablement un changement par rapport à l'approche de Jerome Powell, dont l'accent sur les données retardées a contribué à la lenteur de la Fed à reconnaître la flambée d'inflation après la pandémie de COVID-19.
2. Kevin Warsh et l'assouplissement quantitatif
Kevin Warsh a été un critique constant de l'usage par la Fed de son bilan pour l'assouplissement quantitatif et de ce qu'il a qualifié de « subvention au Trésor » via l'achat d'obligations. De nombreux investisseurs craignent depuis longtemps que la taille des bilans des banques centrales ne soit devenue une source de distorsion du prix des actifs.
Nous estimons que l'intention affichée par Warsh d'établir des règles claires sur la taille appropriée du bilan de la Fed, et sur les conditions dans lesquelles il devrait être mobilisé, est judicieuse et représenterait une évolution positive pour les investisseurs. Ces deux questions n'ont jamais été traitées de manière satisfaisante depuis l'introduction de l'assouplissement quantitatif au lendemain de la crise financière de 2008. Une réduction du bilan de la Fed serait, bien entendu, fortement positive pour le dollar américain.
3. Kevin Warsh et la mission de la Fed
Comme le secrétaire au Trésor Scott Bessent, Kevin Warsh a critiqué ce qu'il appelle la « dérive de mission » de la Réserve fédérale — l'expansion progressive des activités de la Fed bien au-delà de son mandat légal. l'Employment Act de 1946 et le Federal Reserve Reform Act de 1977 définissent clairement le mandat de la Fed comme la stabilité des prix et le plein emploi. La Fed n'a jamais reçu du Congrès de pouvoirs au-delà de ce mandat. L'implication de la Fed dans la régulation du secteur financier, la politique ESG (environnementale, sociale, de gouvernance) et d'autres domaines relève d'activités pour lesquelles elle n'a aucune autorisation explicite du Congrès. Nous pensons que les investisseurs accueilleraient favorablement une Fed au champ d'action plus net et plus étroit.
Nous pensons que Kevin Warsh militera pour un bilan de la Fed plus réduit (c.-à-d. plus d'assouplissement quantitatif) et une focalisation bien plus étroite sur l'inflation et l'emploi. Sa préférence pour les indicateurs prospectifs rapprocherait la Fed et les marchés financiers. Nous pensons donc que Kevin Warsh sera un facteur nettement positif pour le dollar américain, le marché des bons du Trésor américain et, par extension, les marchés actions.
Le mandat de Jerome Powell à la présidence de la Fed s'achève le 15 mai 2026. Toutefois, le sénateur américain Thom Tillis bloque actuellement les auditions de confirmation de Kevin Warsh. Selon les marchés de prédiction, il existe une probabilité de 45 % que Warsh ne soit pas confirmé avant le 15 mai. Dans ce scénario, Jerome Powell continuerait d'exercer la présidence de la Fed à titre intérimaire. Cela explique aussi pourquoi les marchés financiers ont revu à la baisse leurs attentes de baisses de taux au T2 2026, Powell étant susceptible de s'opposer à toute baisse dans l'environnement actuel de risque inflationniste élevé.


